Démagogie sociologique

A la suite de chaque catastrophe économique, sociétale ou politique, nombre de commentateurs de la vie publique se ruent dans l’espace médiatique pour véhiculer le même message : « c’était prévisible ». La facilité à expliquer les catastrophes sociétales a posteriori donne l’illusion que celles-ci sont prédictibles. Or pour suggérer que ces catastrophes sont prédictibles et ainsi pointer du doigt les défaillances des institutions, ces commentateurs utilisent des arguments fallacieux et démagogiques, jouant par-là sur la crédulité des masses.

L’analyse sociologique de l’assassinat d’un couple de policiers à Magnanville le lundi 13 juin 2016 n’échappe pas à cette éternelle rengaine : « c’était prévisible ». L’argument démagogique par excellence pour suggérer que les actes terroristes sont prédictibles est le fameux : « le tueur était connu des services de renseignements ».

L’énoncé « le tueur était connu des services de renseignements » revient à dire que la probabilité qu’un individu ayant commis un acte terroriste soit connu des services de renseignement est élevée. Elle l’est, en effet. Mais la probabilité pertinente en matière de prédictibilité des actes terroristes est celle qu’un individu connu des services de renseignement passe à l’acte, pas l’inverse. Or cette probabilité est faible : la plupart des individus connus des services de renseignement (les « fichés S ») ne passent pas à l’acte terroriste. Mediapart titre : « Le tueur de policiers voulait frapper la France depuis 2011 », mais combien d’individus ayant affiché la volonté de frapper la France ne sont pas passés à l’acte ? En résumé, l’argument « le tueur était connu des services de renseignements » est fallacieux car il ne fait pas référence à la bonne probabilité.

En dépit de leur ampleur médiatique quand ils se produisent, les actes terroristes demeurent des événements rares et cette rareté les rend intrinsèquement difficiles à prédire. Par conséquent, l’occurrence de tels actes résulte certainement moins des défaillances de la sécurité intérieure que de la difficulté à les prévenir en raison de leur caractère imprédictible. Dès lors, invoquer une probabilité non pertinente pour suggérer que les actes terroristes sont prédictibles et donc imputables aux défaillances de la sécurité intérieure est une méthode fallacieuse et démagogique qui relève davantage d’un biais idéologique que d’une analyse sociologique objective.

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