Le wishful thinking de Zemmour

Les gens ont la fâcheuse tendance à prendre leurs désirs pour des réalités. Ils sont par exemple enclins à rejeter un élément factuel – tel qu’un résultat scientifique – sous prétexte que celui-ci est en contradiction avec leur idéologie personnelle.

Cette tendance affecte notamment l’élaboration de prédictions. Dans ce cas, la personne qui formule une prédiction ne décrit pas la réalité telle qu’elle pense qu’elle sera mais la réalité telle qu’elle voudrait qu’elle soit. Elle élabore un scénario qui étaye sa prédiction, mais ce scénario est biaisé par ses désirs et ses croyances personnels. Ce scénario est néanmoins cohérent, et cette cohérence apparente convainc la personne de la véracité de sa prédiction. Cela s’appelle le « wishful thinking ».

Ce qui est frappant, c’est que ce biais cognitif, pourtant basique, affecte tout autant les prédictions d’experts que celles de personnes lambda. C’est notamment ce qu’a montré Philip Tetlock, chercheur en psychologie à l’Université de Pennsylvanie, dans son ouvrage (2005) Expert Political Judgment: How Good is it? How Can we Know? Le journaliste Nicolas Beunaiche a récemment mis en évidence ce phénomène dans un article dans 20 Minutes, en mentionnant son top 5 des prédictions ratées de l’année 2014.

Dans la liste de Beunaiche, le plus gros fail des prédictions de l’année 2014 provient de l’incontournable Eric Zemmour avec sa prédiction d’une défaite de l’Allemagne face au Brésil en demi-finales de la Coupe du Monde 2014. Cette prédiction était pour le moins erronée car les Allemands se sont finalement imposés 7-1 face aux Brésiliens et ont remporté le titre en finale contre les Argentins. Zemmour avait formulé cette prédiction sur le plateau de iTélé dans l’émission « Ça se dispute » en juillet dernier :


Ce qui importe pour moi ici, c’est le raisonnement sur lequel Zemmour appuie sa prédiction :

« L’équipe d’Allemagne s’est ouverte, il y a des Turcs, etc. Sauf que depuis qu’il y a ça, elle ne gagne plus […] Ils vont perdre contre le Brésil. Je prends les paris et on va avoir une finale Brésil-Argentine. L’Allemagne gagnait quand il n’y avait que des dolichocéphales blonds. »

Traduction : l’équipe d’Allemagne va perdre parce qu’elle a incorporé des Turcs et que ceux-ci sont néfastes à toute organisation quelle qu’elle soit (sportive, sociale, etc.). Cette prédiction est le prototype d’une prédiction qui s’avère être erronée parce que son auteur a décrit le futur non pas sur une base rationnelle et factuelle mais sur la base de ses désirs et de ses croyances.

Le meilleur moyen de mettre Zemmour face à la fragilité de ses raisonnements consiste donc à souligner à quel point ces derniers reposent sur des éléments subjectifs – et par définition très discutables – et non sur des éléments objectifs (études, enquêtes, arguments, statistiques, etc.). C’est précisément ce qu’a fait Aymeric Caron dans cet épisode de “On n’est pas couché” (à partir de 26:00) :


Face à ce type de contradiction, Zemmour n’a rien d’autre à rétorquer que le sempiternel argument « les chiffres, on peut leur faire dire ce qu’on veut ». D’accord, Monsieur Zemmour. Je vous concède qu’il est plus confortable de se bercer d’illusions que d’accepter de remettre ses croyances en question face aux faits.

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